—Allez... allez... monsieur le marquis, vous pouvez bien pleurer de contentement, vous avez assez pleuré de douleur. Et moi donc! tenez... est-ce que je ne fais pas comme vous? Braves larmes! je ne les donnerais pas pour dix années de ma vie... Je n'ai plus qu'une peur, c'est de ne pouvoir pas m'empêcher de me jeter aux genoux de Mme la marquise la première fois que je vais la voir...

—Vieux fou, tu es aussi déraisonnable que ton maître... Maintenant, j'ai une crainte aussi, moi...

—Laquelle? mon Dieu!

—C'est que cela ne dure pas... Je suis trop heureux... qu'est-ce qui me manque?

—Rien, rien, monsieur le marquis, absolument rien...

—C'est pour cela. Je me défie de ces bonheurs si parfaits, si complets...

—Hélas! si ce n'est que cela... monsieur le marquis... mais non, je n'ose...

—Je l'entends... eh bien! je crois tes craintes vaines!... La révolution que mon bonheur me cause est si vive, si profonde, que je suis sûr d'être à peu près sauvé!

—Comment cela?

—Mon médecin ne m'a-t-il pas dit cent fois que souvent un violente secousse morale suffisait pour donner ou pour guérir cette funeste maladie?... Pourquoi les émotions heureuses seraient-elles impuissantes à nous sauver?