La veuve du supplicié s'occupe d'un travail de couture, ainsi que ses deux filles.

L'aînée, sèche et grande, ressemble beaucoup à sa mère... C'est sa physionomie calme, dure et méchante, son nez mince, sa bouche sévère, son regard pâle... Seulement, son teint terreux, jaune comme un coing, lui a valu le surnom de Calebasse. Elle ne porte pas le deuil; sa robe est brune; son bonnet de tulle noir laisse apercevoir deux bandeaux de cheveux rares, d'un blond fade et sans reflet.

François, le plus jeune des fils de Martial, accroupi sur un escabeau, remaille un aldret, filet de pêche destructeur sévèrement interdit sur la Seine.

Malgré le hâle qui le brunit, le teint de cet enfant est florissant; une forêt de cheveux roux couvre sa tête; ses traits sont arrondis, ses lèvres grosses, son front saillant, ses yeux vifs, perçants: il ne ressemble ni à sa mère, ni à sa sœur aînée; il a l'air sournois, craintif; de temps à autre, à travers l'espèce de crinière qui retombe sur son front, il jette obliquement sur sa mère un coup d'œil défiant, ou échange avec sa petite sœur Amandine un regard d'intelligence et d'affection...

Celle-ci, assise à côté de son frère, s'occupe non pas à marquer, mais à démarquer du linge volé la veille. Elle a neuf ans; elle ressemble autant à son frère que sa sœur ressemble à sa mère; ses traits, sans être plus réguliers, sont moins grossiers que ceux de François. Quoique couvert de taches de rousseur, son teint est d'une fraîcheur éclatante; ses lèvres sont épaisses, mais vermeilles; ses cheveux roux, mais fins, soyeux, brillants; ses yeux petits, mais d'un bleu pur et doux.

Lorsque le regard d'Amandine rencontre celui de son frère, elle lui montre la porte; à ce signe, François répond par un soupir; puis, appelant l'attention de sa sœur par un geste rapide, il compte distinctement du bout de son filoir dix mailles de filet...

Cela veut dire, dans le langage symbolique des enfants, que leur frère Martial ne doit rentrer qu'à dix heures.

En voyant ces deux femmes silencieuses, à l'air méchant, et ces deux pauvres petits, inquiets, muets, craintifs, on devine là deux bourreaux et deux victimes.

Calebasse, s'apercevant qu'Amandine cessait un moment de travailler, lui dit d'une voix dure:

—Auras-tu bientôt fini de démarquer cette chemise?...