L'enfant baissa la tête sans répondre; à l'aide de ses doigts et de ses ciseaux, elle acheva d'enlever à la hâte les fils de coton rouge qui dessinaient des lettres sur la toile.
Au bout de quelques instants, Amandine, s'adressant timidement à la veuve, lui présenta son ouvrage:
—Ma mère, j'ai fini, lui dit-elle.
Sans lui répondre, la veuve lui jeta une autre pièce de linge.
L'enfant ne put la recevoir à temps et la laissa tomber. Sa grande sœur lui donna de sa main dure comme du bois un coup rigoureux sur le bras en s'écriant:
—Petite bête!!!
Amandine regagna sa place et se mit activement à l'œuvre, après avoir échangé avec son frère un regard où roulait une larme.
Le même silence continua de régner dans la cuisine.
Au-dehors le vent gémissait toujours et agitait l'enseigne du cabaret.
Ce triste grincement et le sourd bouillonnement d'une marmite placée devant le feu étaient les seuls bruits qu'on entendît.