—Oui, ma mère...

—Il a l'air d'un mendiant!

—Ça n'empêche pas que c'est un noble.

—Un noble?

—Oui, et qu'il ait de l'or dans sa bourse, quoiqu'il aille à Paris à pied tous les jours, et qu'il revienne de même, avec son gros bâton pour toute voiture.

—Qu'en sais-tu s'il a de l'or?

—Tantôt j'ai été au bureau de poste d'Asnières pour voir s'il n'y avait pas de lettre de Toulon...

À ces mots qui lui rappelaient le séjour de son fils au bagne, la veuve du supplicié fronça ses sourcils et étouffa un soupir.

Calebasse continua:

—J'attendais mon tour, quand le vieux qui loge chez le médecin est entré; je l'ai tout de suite reconnu à sa barbe blanche comme ses cheveux, à sa face couleur de buis, et à ses sourcils noirs. Il n'a pas l'air facile... Malgré son âge, ça doit être un vieux déterminé... Il a dit à la buraliste: «Avez-vous des lettres d'Angers pour M. le comte de Saint-Remy?—Oui, a-t-elle répondu, en voilà une.—C'est pour moi, a-t-il dit; voilà mon passeport.» Pendant que la buraliste l'examinait, le vieux, pour payer le port, a tiré sa bourse de soie verte. À un bout j'ai vu de l'or reluire à travers les mailles; il y en avait gros comme un œuf... au moins quarante ou cinquante louis! s'écria Calebasse, les yeux brillants de convoitise... et pourtant il est mis comme un gueux. C'est un de ces vieux avares farcis de trésors... Allez, ma mère! nous savons son nom, ça pourra peut-être servir... pour s'introduire chez lui quand Amandine nous aura dit s'il a des domestiques.