Des aboiements violents interrompirent Calebasse.

—Ah! les chiens crient, dit-elle; ils entendent un bateau. C'est Martial ou Nicolas...

Au nom de Martial, les traits d'Amandine exprimèrent une joie contrainte.

Après quelques minutes d'attente, pendant lesquelles elle fixait un œil impatient et inquiet sur la porte, l'enfant vit, à son grand regret, entrer Nicolas, le futur complice de Barbillon.

La physionomie de Nicolas Martial était à la fois ignoble et féroce; petit, grêle, chétif, on ne concevait pas qu'il pût exercer son dangereux et criminel métier. Malheureusement une sauvage énergie morale suppléait chez ce misérable à la force physique qui lui manquait.

Par-dessus son bourgeron bleu, Nicolas portait une sorte de casaque sans manches, faite d'une peau de bouc à longs poils bruns; en entrant il jeta par terre un saumon de cuivre qu'il avait péniblement apporté sur son épaule.

—Bonne nuit et bon butin, la mère! s'écria-t-il d'une voix creuse et enrouée, après s'être débarrassé de son fardeau; il y a encore trois saumons pareils dans mon bachot, un paquet de hardes et une caisse remplie de je ne sais quoi; car je ne me suis pas amusé à l'ouvrir. Peut-être que je suis volé... on verra!

—Et l'homme du quai de Billy? demanda Calebasse pendant que la veuve regardait silencieusement son fils.

Celui-ci, pour toute réponse, plongea sa main dans la poche de son pantalon et, la secouant, y fit bruire un grand nombre de pièces d'argent.

—Tu lui as pris tout ça?... s'écria Calebasse.