—Il n'y a plus rien, dit Nicolas, en arrivant au fond de la caisse.
—Maintenant il faut tout resserrer, dit la veuve.
—Moi, je garde ce châle-là, reprit Calebasse.
—Tu gardes... tu gardes..., s'écria brusquement Nicolas, tu le garderas... si je te le donne... Tu prends toujours... toi... madame Pas-Gênée...
—Tiens!... et toi donc, tu t'en prives... de prendre!
—Moi... je grinche en risquant ma peau; c'est pas toi qui aurais été enflaquée si on m'avait pincé sur la galiote...
—Eh bien! le voilà, ton châle, je m'en moque pas mal! dit aigrement Calebasse en le rejetant dans la caisse.
—C'est pas à cause du châle... que je parle; je ne suis pas assez chiche pour lésiner sur un châle: un de plus ou un de moins, la mère Burette ne changera pas son prix; elle achète en bloc, reprit Nicolas. Mais, au lieu de dire que tu prends ce châle, tu peux me demander que je te le donne... Allons, voyons, garde-le... Garde-le... je te dis... ou sinon je l'envoie au feu pour faire bouillir la marmite.
Ces paroles calmèrent la mauvaise humeur de Calebasse; elle prit le châle sans rancune.
Nicolas était sans doute en veine de générosité, car, déchirant avec ses dents le chef d'une des pièces de soierie, il en détacha deux foulards et les jeta à Amandine et à François, qui n'avaient pas cessé de contempler cette étoffe avec envie.