«—Et surtout que la vieille ne se doute de rien!
«—Calmez-vous, bourgeois, elle avalera ça doux comme miel.
«—Allons, bonne chance, mon garçon! Si je suis content, peut-être je vous emploierai encore.
«—À votre service, bourgeois!»
«Là-dessus, dit le brigand en terminant sa narration, j'ai quitté l'homme au manteau, j'ai regagné mon bateau et, en passant devant la galiote, j'ai raflé le butin de tout à l'heure.
On voit, par le récit de Nicolas, que le notaire voulait, au moyen d'un double crime, se débarrasser à la fois de Fleur-de-Marie et de Mme Séraphin, en faisant tomber celle-ci dans le piège qu'elle croyait seulement tendu à la Goualeuse.
Avons-nous besoin de répéter que, craignant à juste titre que la Chouette n'apprît, d'un moment à l'autre, à Fleur-de-Marie qu'elle avait été abandonnée par Mme Séraphin, Jacques Ferrand se croyait un puissant intérêt à faire disparaître cette jeune fille, dont les réclamations auraient pu le frapper mortellement et dans sa fortune et dans sa réputation?
Quant à Mme Séraphin, le notaire, en la sacrifiant, se défaisait de l'un des deux complices (Bradamanti était l'autre) qui pouvaient le perdre en se perdant eux-mêmes, il est vrai; mais Jacques Ferrand croyait ses secrets mieux gardés par la tombe que par l'intérêt personnel.
La veuve du supplicié et Calebasse avaient attentivement écouté Nicolas, qui ne s'était interrompu que pour boire avec excès. Aussi commençait-il à parler avec une exaltation singulière:
—Ça n'est pas tout, reprit-il; j'ai emmanché une autre affaire avec la Chouette et Barbillon, de la rue aux Fèves. C'est un fameux coup crânement monté; et, si nous ne le manquons pas, il y aura de quoi frire, je m'en vante. Il s'agit de dépouiller une courtière en diamants, qui a quelquefois pour des cinquante mille francs de pierreries dans son cabas.