—Cinquante mille francs! s'écrièrent la mère et la fille, dont les yeux étincelèrent de cupidité.
—Oui... rien que ça. Bras-Rouge en sera. Hier il a déjà empaumé la courtière par une lettre que nous lui avons portée nous deux Barbillon, boulevard Saint-Denis. C'est un fameux homme que Bras-Rouge! Comme il a de quoi, on ne se méfie pas de lui. Pour amorcer la courtière, il lui a déjà vendu un diamant de quatre cents francs. Elle ne se défiera pas de venir, à la tombée du jour, dans son cabaret des Champs-Élysées. Nous serons là cachés. Calebasse viendra aussi, elle gardera mon bateau le long de la Seine. S'il faut emballer la courtière morte ou vive, ça sera une voiture commode et qui ne laisse pas de traces. En voilà un plan! Gueux de Bras-Rouge, quelle sorbonne!
—Je me défie toujours de Bras-Rouge, dit la veuve. Après l'affaire de la rue Montmartre, ton frère Ambroise a été à Toulon et Bras-Rouge a été relâché.
—Parce qu'il n'y avait pas de preuves contre lui; il est si malin! Mais trahir les autres... jamais!
La veuve secoua la tête, comme si elle n'eût été qu'à demi convaincue de la probité de Bras-Rouge. Après quelques moments de réflexion, elle dit:
—J'aime mieux l'affaire du quai de Billy pour demain ou après-demain soir... la noyade des deux femmes... Mais Martial nous gênera... comme toujours...
—Le tonnerre du diable ne nous débarrassera donc pas de lui?... s'écria Nicolas à moitié ivre, en plantant avec fureur son long couteau dans la table.
—J'ai dit à ma mère que nous en avions assez, que ça ne pouvait pas durer, reprit Calebasse. Tant qu'il sera ici, on ne pourra rien faire des enfants...
—Je vous dis qu'il est capable de nous dénoncer un jour ou l'autre, le brigand! dit Nicolas. Vois-tu, la mère... si tu m'en avais cru..., ajouta-t-il d'un air farouche et significatif en regardant sa mère, tout serait dit...
—Il y a d'autres moyens.