—Calebasse, ôte le vin, dit la veuve à sa fille.
Celle-ci se hâtait d'obéir, lorsque Martial dit:
—Attends... je n'ai pas fini de souper...
—Tant pis! dit la veuve en enlevant elle-même la bouteille.
—Ah!... c'est différent!... reprit l'amant de la Louve.
Et, se versant un grand verre d'eau, il le but, fit claquer sa langue contre son palais et dit:
—Voilà de fameuse eau!
Cet imperturbable sang-froid irritait la colère haineuse de Nicolas, déjà très-exalté par de nombreuses libations; néanmoins il reculait encore devant une attaque directe, connaissant la force peu commune de son frère; tout à coup il s'écria, ravi de son inspiration:
—Tu as bien fait de céder pour ton basset, Martial; c'est une bonne habitude à prendre; car il faut t'attendre à nous voir chasser ta maîtresse à coups de pied, comme nous avons chassé ton chien.
—Oh! oui... car si la Louve avait le malheur de venir dans l'île, en sortant de prison, dit Calebasse, qui comprit l'intention de Nicolas, c'est moi qui la souffletterais drôlement!