—Et moi je lui ferais faire un plongeon dans la vase, près la baraque du bout de l'île, ajouta Nicolas. Et si elle en ressortait, je la renfoncerais dedans à coups de soulier... la carne...
Cette insulte adressée à la Louve, qu'il aimait avec une passion sauvage, triompha des pacifiques résolutions de Martial; il fronça ses sourcils, le sang lui monta au visage, les veines de son front se gonflèrent et se tendirent comme des cordes; néanmoins il eut assez d'empire pour dire à Nicolas d'une voix légèrement altérée par une colère contenue:
—Prends garde à toi... tu cherches une querelle, et tu trouveras une tournée que tu ne cherches pas.
—Une tournée... à moi?
—Oui... meilleure que la dernière.
—Comment, Nicolas! dit Calebasse avec un étonnement sardonique, Martial t'a battu... Dites donc, ma mère, entendez-vous?... Ça ne m'étonne plus, que Nicolas ait si peur de lui.
—Il m'a battu... parce qu'il m'a pris en traître, s'écria Nicolas devenant blême de fureur.
—Tu mens; tu m'avais attaqué en sournois, je t'ai crossé et j'ai eu pitié de toi; mais si tu t'avises encore de parler de ma maîtresse... entends-tu bien, de ma maîtresse... cette fois-ci pas de grâce... tu porteras longtemps mes marques.
—Et si j'en veux parler, moi, de la Louve, dit Calebasse...
—Je te donnerai une paire de calottes pour t'avertir, et si tu recommences... je recommencerai à t'avertir.