Sa physionomie changea tout à coup; elle n'exprima plus ce contentement dont l'intendant et le vieux serviteur du marquis venaient d'être dupes, mais une résolution calme, morne, froide.
Après avoir marché quelque temps, il s'assit lourdement et comme accablé sous le poids de ses peines; il posa ses deux coudes sur son bureau et cacha son front dans ses mains.
Au bout d'un instant, il se redressa brusquement, essuya une larme qui vint mouiller sa paupière rougie et dit avec effort:
—Allons... courage... allons.
Il écrivit alors à diverses personnes sur des objets assez insignifiants; mais, dans ces lettres, il donnait ou ajournait différents rendez-vous à plusieurs jours de là.
Le marquis terminait cette correspondance lorsque Joseph rentra; ce dernier était si gai qu'il s'oubliait jusqu'à chantonner à son tour.
—Monsieur Joseph, vous avez une bien jolie voix, lui dit son maître en souriant.
—Ma foi, tant pis, monsieur le marquis, je n'y tiens pas; ça chante si fort au dedans de moi qu'il faut bien que ça s'entende au dehors...
—Tu feras mettre ces lettres à la poste.
—Oui, monsieur le marquis; mais où recevrez-vous ces messieurs tout à l'heure?