—Ici, dans mon cabinet, ils fumeront après déjeuner, et l'odeur du tabac n'arrivera pas chez Mme d'Harville.
À ce moment on entendit le bruit d'une voiture dans la cour de l'hôtel.
—C'est Mme la marquise qui va sortir, elle a demandé ce matin ses chevaux de très-bonne heure, dit Joseph.
—Cours alors la prier de vouloir bien passer ici avant de sortir.
—Oui, monsieur le marquis.
À peine le domestique fut-il parti que M. d'Harville s'approcha d'une glace et s'examina attentivement.
—Bien, bien, dit-il d'une voix sourde, c'est cela... les joues colorées, le regard brillant... Joie ou fièvre... peu importe... pourvu qu'on s'y trompe. Voyons, maintenant, le sourire aux lèvres. Il y a tant de sortes de sourires! Mais qui pourrait distinguer le faux du vrai? Qui pourrait pénétrer sous ce masque menteur, dire: «Ce rire cache un sombre désespoir, cette gaieté bruyante cache une pensée de mort»? Qui pourrait deviner cela? Personne... heureusement... personne... Personne? Oh! si... l'amour ne s'y méprendrait pas, lui; son instinct l'éclairerait. Mais j'entends ma femme... ma femme! Allons... à ton rôle, histrion sinistre.
Clémence entra dans le cabinet de M. d'Harville.
—Bonjour, Albert, mon bon frère, lui dit-elle d'un ton plein de douceur et d'affection en lui tendant la main. Puis, remarquant l'expression souriante de la physionomie de son mari: Qu'avez-vous donc, mon ami? Vous avez l'air radieux.
—C'est qu'au moment où vous êtes entrée, ma chère petite sœur, je pensais à vous... De plus, j'étais sous l'impression d'une excellente résolution...