—Il nous aime, c'est vrai... quand il est là, il n'y a pas de risque qu'on nous batte... S'il avait été ici ce soir, notre mère ne m'aurait pas roué de coups... Vieille bête! Est-elle mauvaise!... Oh! je la hais... je la hais... que je voudrais être grand pour lui rendre tous les coups qu'elle nous a donnés... à toi, surtout, qui est bien moins dure que moi...
—Oh! François, tais-toi... ça me fait peur de t'entendre dire que tu voudrais battre notre mère! s'écria la pauvre petite en pleurant et en jetant ses bras autour du cou de son frère, qu'elle embrassa tendrement.
—Non, c'est que c'est vrai aussi, reprit François en repoussant Amandine avec douceur, pourquoi ma mère et Calebasse sont-elles toujours si acharnées sur nous?
—Je ne sais pas, reprit Amandine en essuyant ses yeux du revers de sa main; c'est peut-être parce qu'on a mis notre frère Ambroise aux galères et qu'on a guillotiné notre père, qu'elles sont injustes pour nous...
—Est-ce que c'est notre faute?
—Mon Dieu, non; mais que veux-tu?
—Ma foi, si je devais recevoir ainsi toujours, toujours des coups, à la fin j'aimerais mieux voler comme ils veulent, moi... À quoi ça m'avance-t-il de ne pas voler?
—Et Martial, qu'est-ce qu'il dirait?
—Oh! sans lui... il y a longtemps que j'aurais dit oui, car ça lasse aussi d'être battu; tiens, ce soir, jamais ma mère n'avait été aussi méchante... c'était comme une furie... il faisait noir, noir... elle ne disait pas un mot... je ne sentais que sa main froide qui me tenait par le cou pendant que de l'autre elle me battait... et puis il me semblait voir ses yeux reluire...
—Pauvre François... pour avoir dit que tu avais vu un os de mort dans le bûcher.