—C'est pardieu, vrai! vous avez un coup d'œil d'aigle... Mais votre surprise, dites-la donc?

—J'ai prié quelques-uns de nos amis de venir déjeuner avec nous.

—Ah bien! par exemple, pour ça, marquis, bravo! bravissimo! archi-bravissimo! cria M. de Lucenay à tue-tête en frappant de grands coups de canne sur les coussins du sofa. Et qui aurons-nous? Saint-Remy? Non, au fait, il est à la campagne depuis quelques jours; que diable peut-il manigancer à la campagne en plein hiver?

—Vous êtes sûr qu'il n'est pas à Paris?

—Très-sûr; je lui avais écrit pour lui demander de me servir de témoin... Il était absent, je me suis rabattu sur lord Douglas et sur Sézannes...

—Cela se rencontre à merveille, ils déjeunent avec nous.

—Bravo! bravo! bravo! se mit à crier de nouveau M. de Lucenay. Puis se tordant et se roulant sur le sofa, il accompagna cette fois ses cris inhumains d'une série de sauts de carpe à désespérer un bateleur.

Les évolutions acrobatiques du duc de Lucenay furent interrompues par l'arrivée de M. de Saint-Remy.

—Je n'ai pas eu besoin de demander si Lucenay était ici, dit gaiement le vicomte. On l'entend d'en bas!

—Comment! c'est vous, beau sylvain, campagnard! loup-garou! s'écria le duc étonné, en se redressant brusquement; on vous croyait à la campagne.