—Je suis de retour depuis hier; j'ai reçu tout à l'heure l'invitation de d'Harville et j'accours... tout joyeux de cette bonne surprise. Et M. de Saint-Remy tendit la main à M. de Lucenay, puis au marquis.
—Et je vous sais bien gré de cet empressement, mon cher Saint-Remy. N'est-ce pas naturel? Les amis de Lucenay ne doivent-ils pas se réjouir de l'heureuse issue de ce duel, qui, après tout, pouvait avoir des suites fâcheuses.
—Mais, reprit obstinément le duc, qu'est-ce donc que vous avez été faire à la campagne en plein hiver, Saint-Remy? cela m'intrigue.
—Est-il curieux! dit le vicomte en s'adressant à M. d'Harville. Puis il répondit au duc:—Je veux me sevrer peu à peu de Paris... puisque je dois le quitter bientôt...
—Ah! oui, cette belle imagination de vous faire attacher à la légation de France à Gerolstein... Laissez-nous donc tranquilles avec vos billevesées de diplomatie! vous n'irez jamais là... ma femme le dit et tout le monde le répète...
—Je vous assure que Mme de Lucenay se trompe comme tout le monde.
—Elle vous a dit devant moi que c'était une folie...
—J'en ai tant fait dans ma vie!
—Des folies élégantes et charmantes, à la bonne heure, comme qui dirait de vous ruiner par vos magnificences de Sardanapale, j'admets ça; mais aller vous enterrer dans un trou de cour pareil... à Gerolstein! Voyez donc la belle poussée... Ça n'est pas une folie, c'est une bêtise, et vous avez trop d'esprit pour en faire... des bêtises.
—Prenez garde, mon cher Lucenay; en médisant de cette cour allemande, vous allez-vous faire une querelle avec d'Harville, l'ami intime du grand-duc régnant, qui, du reste, m'a l'autre jour accueilli avec la meilleure grâce du monde à l'ambassade de ***, où je lui ai été présenté.