Deux fois sa main tremblante s'approcha du cachet pour le rompre.

Elle n'en eut pas le courage.

Peut-on espérer de peindre la terrible angoisse à laquelle sont en proie ceux qui, comme Mme de Fermont, attendent d'une lettre l'espoir ou le désespoir?

La brûlante et fiévreuse émotion du joueur dont les dernières pièces sont aventurées sur une carte et qui, haletant, l'œil enflammé, attend d'un coup décisif sa ruine ou son salut; cette émotion si violente donnerait pourtant à peine une idée de la terrible angoisse dont nous parlons.

En une seconde l'âme s'élève jusqu'à la plus radieuse espérance, ou retombe dans un découragement mortel. Selon qu'il croit être secouru ou repoussé, le malheureux passe tour à tour par les émotions les plus violemment contraires: ineffables élans de bonheur et de reconnaissance envers le cœur généreux qui s'est apitoyé sur un sort misérable; amers et douloureux ressentiments contre l'égoïste indifférence!

Lorsqu'il s'agit d'infortunes méritantes, ceux qui donnent souvent donneraient peut-être toujours... et ceux qui refusent toujours donneraient peut-être souvent, s'ils savaient ou s'ils voyaient ce que l'espoir d'un appui bienveillant ou ce que la crainte d'un refus dédaigneux... ce que leur volonté enfin... peut soulever d'ineffable ou d'affreux dans le cœur de ceux qui les implorent.

—Quelle faiblesse! dit Mme de Fermont avec un triste sourire en s'asseyant sur le lit de sa fille. Encore une fois, ma pauvre Claire, notre sort est là... (Elle montrait la lettre.) Je brûle de le connaître et je n'ose... Si c'est un refus, hélas! il sera toujours assez tôt...

—Et si c'est une promesse de secours, dis, maman... Si cette pauvre petite lettre contient de bonnes et consolantes paroles qui nous rassureront sur l'avenir en nous promettant un modeste emploi dans la maison de M. d'Orbigny, chaque minute de perdue n'est-elle pas un moment de bonheur perdu?

—Oui, mon enfant; mais si au contraire...

—Non, maman, vous vous trompez, j'en suis sûre. Quand je vous disais que M. d'Orbigny n'avait autant tardé à vous répondre que pour pouvoir vous donner quelque certitude favorable... Permettez-moi de voir la lettre, maman; je suis sûre de deviner, seulement à l'écriture, si la nouvelle est bonne ou mauvaise... Tenez, j'en suis sûre maintenant, dit Claire en prenant la lettre; rien qu'à voir cette bonne écriture simple, droite et ferme, on devine une main loyale et généreuse, habituée à s'offrir à ceux qui souffrent...