—Mais on ne le voit jamais ici?

—Par une bonne raison: depuis une quinzaine d'années il habite en province, à Angers.

—Mais M. le vicomte ne va pas le visiter?

—Son père?

—Oui.

—Jamais... jamais... ah bien! non.

—Ils sont donc brouillés?

—Ce que je vais vous dire n'est pas un secret, car je le tiens de l'ancien homme de confiance de M. le prince de Noirmont.

—Le père de Mme de Lucenay? dit Edwards avec un regard malin et significatif dont M. Boyer, fidèle à ses habitudes de réserve et de discrétion, n'eut pas l'air de comprendre la signification; il reprit donc froidement:

—Mme la duchesse de Lucenay est en effet fille de M. le prince de Noirmont; le père de M. le vicomte était intimement lié avec le prince; Mme la duchesse était alors toute jeune personne, et M. de Saint-Remy père, qui l'aimait beaucoup, la traitait aussi familièrement que si elle eût été sa fille. Je tiens ces détails de Simon, l'homme de confiance du prince; je puis parler sans scrupules, car l'aventure que je vais vous raconter a été dans le temps la fable de tout Paris. Malgré ses soixante ans, le père de M. le vicomte est un homme d'un caractère de fer, d'un courage de lion, d'une probité que je me permettrai d'appeler fabuleuse; il ne possédait presque rien et avait épousé par amour la mère de M. le vicomte, jeune personne assez riche, qui possédait le million à la fonte duquel nous venons d'avoir l'honneur d'assister.