Malgré son empire sur lui-même, Florestan contint à peine la violence de ses ressentiments, qu'un homme plus observateur que le duc eût certainement remarqués.
M. de Montbrison avait à peine dix-huit ans.
Qu'on s'imagine une ravissante figure de jeune fille, blonde, blanche et rose, dont les lèvres vermeilles et le menton satiné seraient légèrement ombragés d'une barbe naissante; qu'on ajoute à cela de grands yeux bruns encore un peu timides, qui ne demandent qu'à s'émerillonner, une taille aussi svelte que celle de la duchesse, et l'on aura peut-être l'idée de ce jeune duc, le chérubin le plus idéal que jamais comtesse et suivante aient coiffé d'un bonnet de femme, après avoir remarqué la blancheur de son cou d'ivoire.
Le vicomte eut la faiblesse ou l'audace de rester...
—Que vous êtes aimable, Conrad, d'avoir pensé à moi ce soir! dit Mme de Lucenay du ton le plus affectueux en tendant sa belle main au jeune duc.
Celui-ci allait donner un shake-hands à sa cousine, mais Clotilde haussa légèrement la main et lui dit gaiement:
—Baisez-la, mon cousin, vous avez vos gants.
—Pardon... ma cousine, dit l'adolescent; et il appuya ses lèvres sur la main nue et charmante qu'on lui présentait.
—Que faites-vous ce soir, Conrad? lui demanda Mme de Lucenay, sans paraître s'occuper le moins du monde de Florestan.
—Rien, ma cousine; en sortant de chez vous j'irai au club.