—Pas du tout, vous nous accompagnerez, M. de Lucenay et moi, chez Mme de Senneval, c'est son jour; elle m'a déjà demandé plusieurs fois de vous présenter à elle.

—Ma cousine, je serai trop heureux de me mettre à vos ordres.

—Et puis, franchement, je n'aime pas vous voir déjà ces habitudes et ces goûts de club; vous avez tout ce qu'il faut pour être parfaitement accueilli et même recherché dans le monde... il faut donc y aller beaucoup.

—Oui, ma cousine.

—Et comme je suis avec vous à peu près sur le pied d'une grand'mère... mon cher Conrad, je me dispose à exiger infiniment. Vous êtes émancipé, c'est vrai; mais je crois que vous aurez encore longtemps besoin d'une tutelle... Et il faudra vous résoudre à accepter la mienne.

—Avec joie, avec bonheur, ma cousine! dit vivement le jeune duc.

Il est impossible de peindre la rage muette de Florestan, toujours debout, appuyé à la cheminée.

Ni le duc ni Clotilde ne faisaient attention à lui. Sachant combien Mme de Lucenay se décidait vite, il s'imagina qu'elle poussait l'audace et le mépris jusqu'à vouloir se mettre aussitôt et devant lui en coquetterie réglée avec M. de Montbrison.

Il n'en était rien: la duchesse ressentait alors pour son cousin une affection toute maternelle, l'ayant presque vu naître. Mais le jeune duc était si joli, il semblait si heureux du gracieux accueil de sa cousine que la jalousie, ou plutôt l'orgueil, de Florestan s'exaspéra; son cœur se tordit sous les cruelles morsures de l'envie que lui inspirait Conrad de Montbrison qui, riche et charmant, entrait si splendidement dans cette vie de plaisirs, d'enivrement et de fête, d'où il sortait, lui, ruiné, flétri, méprisé, déshonoré.

M. de Saint-Remy était brave de cette bravoure de tête, si cela se peut dire, qui fait par colère ou par vanité affronter un duel; mais, vil et corrompu, il n'avait pas ce courage de cœur qui triomphe des mauvais penchants, ou qui, du moins, vous donne l'énergie d'échapper à l'infamie par une mort volontaire.