Furieux de l'infernal mépris de la duchesse, croyant voir un successeur dans le jeune duc, M. de Saint-Remy résolut de lutter d'insolence avec Mme de Lucenay, et, s'il le fallait, de chercher querelle à Conrad.

La duchesse, irritée de l'audace de Florestan, ne le regardait pas; et M. de Montbrison, dans son empressement auprès de sa cousine, oubliant un peu les convenances, n'avait pas salué ni dit un mot, au vicomte, qu'il connaissait pourtant.

Celui-ci, s'avançant vers Conrad, qui lui tournait le dos, lui toucha légèrement le bras et dit d'un ton sec et ironique:

—Bonsoir, monsieur... mille pardons de ne pas vous avoir encore aperçu.

M. de Montbrison, sentant qu'il venait en effet de manquer de politesse, se retourna vivement et dit cordialement au vicomte:

—Monsieur, je suis confus, en vérité... Mais j'ose espérer que ma cousine, qui a causé ma distraction, voudra bien l'excuser auprès de vous... et...

—Conrad, dit la duchesse, poussée à bout par l'impudence de Florestan, qui persistait à rester chez elle et à la braver, Conrad, c'est bon; pas d'excuses... ça n'en vaut pas la peine.

M. de Montbrison, croyant que sa cousine lui reprochait en plaisantant d'être trop formaliste, dit gaiement au vicomte, blême de colère:

—Je n'insisterai pas, monsieur... puisque ma cousine me le défend... Vous le voyez, sa tutelle commence.

—Et cette tutelle ne s'arrêtera pas là... mon cher monsieur, soyez-en certain. Aussi dans cette prévision (que Mme la duchesse s'empressera de réaliser, je n'en doute pas), dans cette prévision, dis-je, il me vient l'idée de vous faire une proposition...