—Pourquoi cela?
—Respect de la discipline, comme disait autrefois mon brave Mont-Saint-Jean; soldats ensemble, officiers ensemble, chacun avec ses pareils.
—Vous êtes folle... Il n'y a aucune différence entre nous deux...
—Aucune différence... mon bon Dieu! Et vous dites cela quand je vous vois comme je vous vois, aussi belle qu'une reine; oh! tenez... qu'est-ce que cela vous fait?... Laissez-moi là, à genoux, vous bien, bien regarder comme tout à l'heure... Dame... qui sait?... Quoique je sois un vrai monstre, mon enfant vous ressemblera peut-être... On dit que quelquefois par un regard... ça arrive.
Puis, par un scrupule d'une incroyable délicatesse chez une créature de cette espèce, craignant d'avoir peut-être humilié ou blessé Fleur-de-Marie par ce vœu singulier. Mont-Saint-Jean ajouta tristement:
—Non, non, je dis cela en plaisantant, allez, la Goualeuse... je ne me permettrais pas de vous regarder dans cette idée-là... sans que vous me le permettiez... Mon enfant sera aussi laid que moi... qu'est-ce que ça me fait?... Je ne l'en aimerai pas moins; pauvre petit malheureux, il n'a pas demandé à naître, comme on dit... Et s'il vit... qu'est-ce qu'il deviendra? dit-elle d'un air sombre et abattu. Hélas!... oui... qu'est-ce qu'il deviendra, mon Dieu?
La Goualeuse tressaillit à ces paroles.
En effet, que pouvait devenir l'enfant de cette misérable, avilie, dégradée, pauvre et méprisée?... Quel sort!... Quel avenir!...
—Ne pensez pas à cela, Mont-Saint-Jean, reprit Fleur-de-Marie; espérez que votre enfant trouvera des personnes charitables sur son chemin.
—Oh! on n'a pas deux fois la chance, voyez-vous, la Goualeuse, dit amèrement Mont-Saint-Jean en secouant la tête; je vous ai rencontrée... vous, c'est déjà un grand hasard... Et, tenez, soit dit sans vous offenser, j'aurais mieux aimé que mon enfant ait eu ce bonheur-là que moi. Ce vœu-là... c'est tout ce que je peux lui donner.