—Nous allons à la ferme de Bouqueval, chez Mme Georges, n'est-ce pas... madame? s'écria la Goualeuse.
—Oui... certainement, nous allons à la campagne... chez Mme Georges, dit la femme de charge pour éloigner tout soupçon de l'esprit de Fleur-de-Marie, puis elle ajouta, avec un air de malicieuse bonhomie: Mais ce n'est pas tout: avant de voir Mme Georges, une petite surprise vous attend; venez... venez, notre fiacre est en bas... Quel ouf vous allez pousser en sortant d'ici... chère demoiselle!... Allons, partons... Votre servante, messieurs.
Et Mme Séraphin, après avoir salué le greffier et son commis, descendit avec la Goualeuse.
Un gardien les suivait, chargé de faire ouvrir les portes.
La dernière venait de se refermer, et les deux femmes se trouvaient sous le vaste porche qui donne sur la rue du Faubourg-Saint-Denis, lorsqu'elles se rencontrèrent avec une jeune fille qui venait sans doute visiter quelque prisonnière.
C'était Rigolette... Rigolette toujours leste et coquette; un petit bonnet très-simple, mais bien frais et orné de faveurs cerise qui accompagnaient à merveille ses bandeaux de cheveux noirs, encadrait son joli minois: un col bien blanc se rabattait sur son long tartan brun. Elle portait au bras un cabas de paille; grâce à sa démarche de chatte attentive et proprette, ses brodequins à semelles épaisses étaient d'une propreté miraculeuse, quoiqu'elle vînt, hélas! de bien loin, la pauvre enfant.
—Rigolette! s'écria Fleur-de-Marie en reconnaissant son ancienne compagne de prison[18] et de promenades champêtres.
—La Goualeuse! dit à son tour la grisette.
Et les deux jeunes filles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.
Rien de plus enchanteur que le contraste de ces deux enfants de seize ans, tendrement embrassées, toutes deux si charmantes, et pourtant si différentes de physionomie et de beauté.