L'une blonde, aux grands yeux bleus mélancoliques, au profil d'une angélique pureté idéale, un peu pâli, un peu attristé, un peu spiritualisé, de ces adorables paysannes de Greuze, d'un coloris si frais et si transparent... mélange ineffable de rêverie, de candeur et de grâce...
L'autre, brune piquante, aux joues rondes et vermeilles, aux jolis yeux noirs, au rire ingénu, à la mine éveillée, type ravissant de jeunesse, d'insouciance et de gaieté, exemple rare et touchant du bonheur dans l'indigence, de l'honnêteté dans l'abandon et de la joie dans le travail.
Après l'échange de leurs naïves caresses, les deux jeunes filles se regardèrent...
Rigolette était radieuse de cette rencontre... Fleur-de-Marie confuse...
La vue de son amie lui rappelait le peu de jours de bonheur calme qui avait précédé sa dégradation première.
—C'est toi... quel bonheur!... disait la grisette...
—Mon Dieu, oui, quelle douce surprise!... Il y a si longtemps que nous ne sommes vues..., répondit la Goualeuse.
—Ah! maintenant, je ne m'étonne plus de ne t'avoir pas rencontrée depuis six mois..., reprit Rigolette en remarquant les vêtements rustiques de la Goualeuse, tu habites donc la campagne?...
—Oui... depuis quelque temps, dit Fleur-de-Marie en baissant les yeux...
—Et tu viens, comme moi, voir quelqu'un en prison?