—Oui... je venais... je viens de voir quelqu'un, dit Fleur-de-Marie en balbutiant et en rougissant de honte.

—Et tu t'en retournes chez toi? Loin de Paris sans doute? Chère petite Goualeuse... toujours bonne: je te reconnais bien là... Te rappelles-tu cette pauvre femme en couches à qui tu avais donné ton matelas, du linge et le peu d'argent qui te restait, et que nous allions dépenser à la campagne... Car alors tu étais déjà folle de la campagne, toi... mademoiselle la villageoise.

—Et toi, tu ne l'aimais pas beaucoup, Rigolette; étais-tu complaisante! C'est pour moi que tu y venais pourtant.

—Et pour moi aussi... car toi, qui étais toujours un peu sérieuse, tu devenais si contente, si gaie, si folle, une fois au milieu des champs ou des bois... que rien que de t'y voir... c'était pour moi un plaisir... Mais laisse-moi donc encore te regarder. Comme ce joli bonnet rond te va bien! Es-tu gentille ainsi! Décidément... c'était ta vocation de porter un bonnet de paysanne, comme la mienne de porter un bonnet de grisette. Te voilà selon ton goût, tu dois être contente... Du reste, ça ne m'étonne pas... quand je ne t'ai plus vue, je me suis dit: «Cette bonne petite Goualeuse n'est pas faite pour Paris, c'est une vraie fleur des bois, comme dit la chanson, et ces fleurs-là ne vivent pas dans la capitale, l'air n'y est pas bon pour elles... Aussi la Goualeuse se sera mise en place chez de braves gens à la campagne: c'est ce que tu as fait, n'est-ce pas?»

—Oui..., dit Fleur-de-Marie en rougissant.

—Seulement... j'ai un reproche à te faire.

—À moi?...

—Tu aurais dû me prévenir... on ne se quitte pas ainsi du jour au lendemain... ou du moins sans donner de ses nouvelles.

—Je... j'ai quitté Paris... si vite, dit Fleur-de-Marie de plus en plus confuse, que je n'ai pas pu...

—Oh! je ne t'en veux pas, je suis trop contente de te revoir... Au fait, tu as eu bien raison de quitter Paris, va, c'est si difficile d'y vivre tranquille; sans compter qu'une pauvre fille isolée comme nous sommes peut tourner à mal sans le vouloir... Quand on n'a personne pour vous conseiller... on a si peu de défense... les hommes vous font toujours de si belles promesses; et puis, dame, quelquefois la misère est si dure... Tiens, te souviens-tu de la petite Julie qui était si gentille? Et de Rosine, la blonde aux yeux noirs?