—Oui... je m'en souviens.
—Eh bien! ma pauvre Goualeuse, elles ont été trompées toutes les deux, puis abandonnées, et enfin de malheur en malheur elles en sont tombées à être de ces vilaines femmes que l'on renferme ici...
—Ah! mon Dieu! s'écria Fleur-de-Marie qui baissa la tête et devint pourpre.
Rigolette, se trompant sur le sens de l'exclamation de son amie, reprit:
—Elles sont coupables, méprisables... même, si tu veux, je ne dis pas; mais, vois-tu, ma bonne Goualeuse, parce que nous avons eu le bonheur de rester honnêtes: toi, parce que tu as été vivre à la campagne auprès de braves paysans; moi, parce que je n'avais pas de temps à perdre avec les amoureux... que je leur préférais mes oiseaux, et que je mettais tout mon plaisir à avoir, grâce à mon travail, un petit ménage, bien gentil... il ne faut pas être trop sévère pour les autres; mon Dieu; qui sait... si l'occasion, la tromperie, la misère n'ont pas été pour beaucoup dans la mauvaise conduite de Rosine et de Julie... et si à leur place nous n'aurions pas fait comme elles!...
—Oh! dit amèrement Fleur-de-Marie, je ne les accuse pas... je les plains...
—Allons, allons, nous sommes pressées, ma chère demoiselle, dit Mme Séraphin en offrant son bras à sa victime avec impatience.
—Madame, donnez-nous encore quelques moments; il y a si longtemps que je n'ai vu ma pauvre Goualeuse, dit Rigolette.
—C'est qu'il est tard, mesdemoiselles; déjà trois heures, et nous avons une longue course à faire, répondit Mme Séraphin fort contrariée de cette rencontre; puis elle ajouta: Je vous donne encore dix minutes...
—Et toi, reprit Fleur-de-Marie en prenant les mains de son amie dans les siennes, tu as un caractère si heureux; tu es toujours gaie? toujours contente?...