Debout sur un banc situé en dehors de la tonnelle, Calebasse, la main placée au-dessus de ses yeux en manière d'abat-jour, regardait au loin dans la direction que Mme Séraphin et Fleur-de-Marie devaient suivre pour se rendre à l'île.
—Personne ne paraît encore, ni vieille ni jeune, dit Calebasse en descendant de son banc et s'adressant à Nicolas. Ce sera comme hier! nous aurons attendu pour le roi de Prusse. Si ces femmes n'arrivent pas avant une demi-heure... il faudra partir; le coup de Bras-Rouge vaut mieux, il nous attend. La courtière doit venir à cinq heures chez lui, aux Champs-Élysées. Il faut que nous soyons arrivés avant elle. Ce matin la Chouette nous l'a répété...
—Tu as raison, reprit Nicolas en quittant son bateau. Que le tonnerre écrase cette vieille qui nous fait droguer pour rien! La soupape va... comme un charme. Des deux affaires nous n'en aurons peut-être pas une...
—Du reste, Bras-Rouge et Barbillon ont besoin de nous... à eux deux ils ne peuvent rien.
—C'est vrai; car, pendant qu'on fera le coup, il faudra que Bras-Rouge reste en dehors de son cabaret pour être au guet, et Barbillon n'est pas assez fort pour entraîner à lui tout seul la courtière dans le caveau... elle regimbera, cette vieille.
—Est-ce que la Chouette ne nous disait pas en riant, qu'elle y tenait le Maître d'école... en pension... dans ce caveau?
—Pas dans celui-là. Dans un autre qui est bien plus profond, et qui est inondé quand la rivière est haute.
—Doit-il marronner dans ce caveau, le Maître d'école! Être là-dedans tout seul, et aveugle!
—Il y verrait clair qu'il n'y verrait pas autre chose: le caveau est noir comme un four.
—C'est égal, quand il a fini de chanter, pour se distraire, toutes les romances qu'il sait, le temps doit lui paraître joliment long.