—La Chouette dit qu'il s'amuse à faire la chasse aux rats, et que ce caveau-là est très-giboyeux.
—Dis donc, Nicolas, à propos de particuliers qui doivent s'ennuyer et marronner, reprit Calebasse avec un sourire féroce, en montrant du doigt la fenêtre garnie de plaques de tôle, il y en a là un qui doit se manger le sang.
—Bah!... il dort... Depuis ce matin il ne cogne plus... et son chien est muet.
—Peut-être qu'il l'a étranglé pour le manger. Depuis deux jours ils doivent tous deux enrager la faim et la soif là-dedans.
—Ça les regarde... Martial peut durer encore longtemps comme ça, si ça l'amuse. Quand il sera fini... on dira qu'il est mort de maladie; ça ne fera pas un pli.
—Tu crois?
—Bien sûr. En allant ce matin à Asnières, la mère a rencontré le père Férot, le pêcheur, comme il s'étonnait de ne pas avoir vu son ami Martial depuis deux jours, la mère lui a dit que Martial ne quittait pas son lit, tant il était malade, et qu'on désespérait de lui. Le père Férot a avalé ça doux comme miel... il le redira à d'autres... et quand la chose arrivera... elle paraîtra toute simple.
—Oui, mais il ne mourra pas encore tout de suite; c'est long de cette manière-là.
—Qu'est-ce que tu veux? il n'y avait pas moyen d'en venir à bout autrement. Cet enragé de Martial, quand il s'y met, est méchant en diable, et fort comme un taureau, par là-dessus; il se défiait, nous n'aurions pas pu l'approcher sans danger; tandis que sa porte une fois bien clouée en dehors, qu'est-ce qu'il pouvait faire? Sa fenêtre était grillée.
—Tiens... il pouvait desceller les barreaux... en creusant le plâtre avec son couteau, ce qu'il aurait fait si, montée à l'échelle, je ne lui avais pas déchiqueté les mains à coups de hachette toutes les fois qu'il voulait commencer son ouvrage.