Nous l'avons dit: la Louve s'était assise sur un banc de bois à côté de la Goualeuse.

Le rapprochement de ces deux jeunes filles offrait un singulier contraste.

Les pâles rayons d'un soleil d'hiver les éclairaient; le ciel pur se pommelait çà et là de petites nuées blanches et floconneuses; quelques oiseaux, égayés par la tiédeur de la température, gazouillaient dans les branches noires des grands marronniers de la cour; deux ou trois moineaux plus effrontés que les autres venaient boire et se baigner dans un petit ruisseau où s'écoulait le trop-plein du bassin; les mousses vertes veloutaient les revêtements de pierre des margelles; entre leurs assises disjointes poussaient çà et là quelques touffes d'herbe et de plantes pariétaires épargnées par la gelée.

Cette description d'un bassin de prison semblera puérile, mais Fleur-de-Marie ne perdait pas un de ces détails; les yeux tristement fixés sur ce petit coin de verdure et sur cette eau limpide où se réfléchissait la blancheur mobile des nuées courant sur l'azur du ciel, où se brisaient avec un miroitement lumineux les rayons d'or d'un beau soleil, elle songeait en soupirant aux magnificences de la nature qu'elle aimait, qu'elle admirait si poétiquement, et dont elle était encore privée.

—Que vouliez-vous me dire? demanda la Goualeuse à sa compagne, qui, assise auprès d'elle, restait sombre et silencieuse.

—Il faut que nous ayons une explication, s'écria durement la Louve; ça ne peut pas durer ainsi.

—Je ne vous comprends pas, la Louve.

—Tout à l'heure, dans la cour, à propos de Mont-Saint-Jean, je m'étais dit: «Je ne veux plus céder à la Goualeuse», et pourtant je viens encore de vous céder...

—Mais...

—Mais je vous dis que ça ne peut pas durer...