—Oh! vous savez bien ce que vous faites... avec votre air de ne pas y toucher.
—Mais quel mauvais dessein me supposez-vous?
—Est-ce que je le sais, moi? C'est justement parce que je ne comprends rien à tout cela que je me défie de vous. Il y a autre chose: jusqu'ici j'avais été toujours gaie ou colère... mais jamais songeuse... et vous m'avez rendue songeuse. Oui, il y a des mots que vous dites qui, malgré moi, m'ont remué le cœur et m'ont fait songer à toutes sortes de choses tristes.
—Je suis fâchée de vous avoir peut-être attristée, la Louve... mais je ne me souviens pas de vous avoir dit...
—Eh! mon Dieu, s'écria la Louve en interrompant sa compagne avec une impatience courroucée, ce que vous faites est quelquefois aussi émouvant que ce que vous dites!... Vous êtes si maligne!...
—Ne vous fâchez pas, la Louve... expliquez-vous...
—Hier, dans l'atelier de travail, je vous voyais bien... vous aviez la tête et les yeux baissés sur l'ouvrage que vous cousiez; une grosse larme est tombée sur votre main... Vous l'avez regardée pendant une minute... et puis vous avez porté votre main à vos lèvres, comme pour la baiser et l'essuyer, cette larme; est-ce vrai?
—C'est vrai, dit la Goualeuse en rougissant.
—Ça n'a l'air de rien... mais dans cet instant-là vous aviez l'air si malheureux, si malheureux, que je me suis sentie tout écœurée, toute sens dessus dessous... Dites donc, est-ce que vous croyez que c'est amusant? Comment! j'ai toujours été dure comme roc pour ce qui me touche... personne ne peut se vanter de m'avoir vue pleurer... et il faut qu'en regardant seulement votre petite frimousse je me sente des lâchetés plein le cœur!... Oui, car tout ça c'est des pures lâchetés; et la preuve, c'est que depuis trois jours je n'ai pas osé écrire à Martial, mon amant, tant j'ai une mauvaise conscience... Oui, votre fréquentation m'affadit le caractère, il faut que ça finisse... j'en ai assez; ça tournerait mal... je m'entends... Je veux rester comme je suis... et ne pas me faire moquer de moi...
—Et pourquoi se moquerait-on de vous?