—Pardieu! parce qu'on me verrait faire la bonne et la bête, moi qui faisais trembler tout le monde ici! Non, non; j'ai vingt ans, je suis aussi belle que vous dans mon genre, je suis méchante... on me craint, c'est ce que je veux... Je me moque du reste... Crève qui dit le contraire!

—Vous êtes fâchée contre moi, la Louve?

—Oui, vous êtes pour moi une mauvaise connaissance; si ça continuait, dans quinze jours, au lieu de m'appeler la Louve, on m'appellerait... la Brebis. Merci!... ça n'est pas moi qu'on châtrera jamais comme ça... Martial me tuerait... Finalement, je ne veux plus vous fréquenter; pour me séparer tout à fait de vous, je vais demander à être changée de salle; si on me refuse, je ferai un mauvais coup pour me remettre en haleine et pour qu'on m'envoie au cachot jusqu'à ma sortie... Voilà ce que j'avais à vous dire, la Goualeuse.

Fleur-de-Marie comprit que sa compagne, dont le cœur n'était pas complètement vicié, se débattait, pour ainsi dire, contre de meilleures tendances. Sans doute, ces vagues aspirations vers le bien avaient été éveillées chez la Louve par la sympathie, par l'intérêt involontaire que lui inspirait Fleur-de-Marie. Heureusement pour l'humanité, de rares mais éclatants exemples prouvent, nous le répétons, qu'il est des âmes d'élite, douées, presque à leur insu, d'une telle puissance d'attraction qu'elles forcent les êtres les plus réfractaires à entrer dans leur sphère et à tendre plus ou moins à s'assimiler à elles.

Les résultats prodigieux de certaines missions, de certains apostolats, ne s'expliquent pas autrement...

Dans un cercle infiniment borné, telle était la nature des rapports de Fleur-de-Marie et de la Louve; mais celle-ci, par une contradiction singulière, ou plutôt par une conséquence de son caractère intraitable et pervers, se défendait de tout son pouvoir contre la salutaire influence qui la gagnait... de même que les caractères honnêtes luttent énergiquement contre les influences mauvaises.

Si l'on songe que le vice a souvent un orgueil infernal, l'on ne s'étonnera pas de voir la Louve faire tous ses efforts pour conserver sa réputation de créature indomptable et redoutée, et pour ne pas devenir de louve... brebis, ainsi qu'elle disait.

Pourtant ces hésitations, ces colères, ces combats, mêlés çà et là de quelques élans généreux, révélaient chez cette malheureuse des symptômes trop favorables et trop significatifs pour que Fleur-de-Marie abandonnât l'espoir qu'elle avait un moment conçu.

Oui, pressentant que la Louve n'était pas absolument perdue, elle aurait voulu la sauver comme on l'avait sauvée elle-même.

«La meilleure manière de prouver ma reconnaissance à mon bienfaiteur, pensait la Goualeuse, c'est de donner à d'autres, qui peuvent encore les entendre, les nobles conseils qu'il m'a donnés.»