—Ce que vous et moi nous sommes devenues, répondit la Goualeuse d'une voix douce; et elle continua: Supposez que cette personne vous dise encore: «Vous aimez Martial, il vous aime; vous et lui, quittez une vie mauvaise; au lieu d'être sa maîtresse, soyez sa femme.»

La Louve haussa les épaules.

—Est-ce qu'il voudrait de moi pour sa femme?

—Excepté le braconnage, il n'a commis, n'est-ce pas, aucune autre action coupable?

—Non... il est braconnier sur la rivière comme il l'était dans les bois, et il a raison. Tiens, est-ce que les poissons ne sont pas comme le gibier, à qui peut les prendre? Où donc est la marque de leur propriétaire?

—Eh bien! supposez qu'ayant renoncé à son dangereux métier de maraudeur de rivière, il veuille devenir tout à fait honnête; supposez qu'il inspire, par la franchise de ses bonnes résolutions, assez de confiance à un bienfaiteur inconnu pour que celui-ci lui donne une place... de garde-chasse, par exemple, à lui qui était braconnier, ça serait dans ses goûts, j'espère; c'est le même état, mais en bien.

—Ma foi, oui, c'est toujours vivre dans les bois.

—Seulement on ne lui donnerait cette place qu'à la condition qu'il vous épouserait et qu'il vous emmènerait avec lui.

—M'en aller avec Martial!

—Oui, vous seriez si heureuse, disiez-vous, d'habiter ensemble au fond des forêts! N'aimeriez-vous pas mieux, au lieu d'une mauvaise hutte de braconnier, où vous vous cacheriez tous deux comme des coupables, avoir une honnête petite chaumière dont vous seriez la ménagère active et laborieuse?