—Vous vous moquez de moi! Est-ce que c'est possible?
—Qui sait? Le hasard! D'ailleurs c'est toujours un château en Espagne.
—Ah! comme ça, à la bonne heure.
—Dites donc, la Louve, il me semble déjà vous voir établie dans votre maisonnette, en pleine forêt, avec votre mari et deux ou trois enfants. Des enfants! quel bonheur, n'est-ce pas!
—Des enfants de mon homme? s'écria la Louve avec une passion farouche; oh! oui, ils seraient fièrement aimés, ceux-là!
—Comme ils vous tiendraient compagnie dans votre solitude! Puis, quand ils seraient un peu grands, ils commenceraient à vous rendre bien des services; les plus petits ramasseraient des branches mortes pour votre chauffage; le plus grand irait dans les herbes de la forêt faire pâturer une vache ou deux qu'on vous donnerait pour récompenser votre mari de son activité; car ayant été braconnier, il n'en serait que meilleur garde-chasse.
—Au fait... c'est vrai. Tiens, c'est amusant, ces châteaux en Espagne. Dites-m'en donc encore, la Goualeuse!
—On serait très-content de votre mari... vous auriez de son maître quelques douceurs... une basse-cour, un jardin; mais, dame! aussi, il vous faudrait courageusement travailler, la Louve! et cela du matin au soir.
—Oh! si ce n'était que ça, une fois auprès de mon homme, l'ouvrage ne me ferait pas peur, à moi... j'ai de bons bras...
—Et vous auriez de quoi les occuper, je vous en réponds... Il y a tant à faire!... tant à faire!... C'est l'étable à soigner, les repas à préparer, les habits de la famille à raccommoder; c'est un jour le blanchissage, un autre jour le pain à cuire, ou bien encore la maison à nettoyer du haut en bas, pour que les autres gardes de la forêt disent: «Oh! il n'y a pas une ménagère comme la femme à Martial; de la cave au grenier sa maison est un miracle de propreté... et des enfants toujours si bien soignés! C'est qu'aussi elle est fièrement laborieuse, Mme Martial...»