—Dites donc, la Goualeuse, c'est vrai, je m'appellerais Mme Martial... reprit la Louve avec une sorte d'orgueil; Mme Martial!...
—Ce qui vaudrait mieux que de vous appeler la Louve, n'est-ce pas?
—Bien sûr, j'aimerais mieux le nom de mon homme que le nom d'une bête... Mais, bah!... bah!... louve je suis née... louve je mourrai...
—Qui sait?... qui sait?... Ne pas reculer devant une vie bien dure, mais honnête, ça porte bonheur... Ainsi, le travail ne vous effrayerait pas?...
—Oh! pour ça non, ce n'est pas mon homme et trois ou quatre mioches à soigner qui m'embarrasseraient, allez!
—Et puis aussi tout n'est pas labeur, il y a des moments de repos; l'hiver, à la veillée, pendant que les enfants dorment, et que votre mari fume sa pipe en nettoyant ses armes ou en caressant ses chiens... écoutez donc, vous pouvez prendre un peu de bon temps.
—Bah! bah! du bon temps... rester les bras croisés! ma foi non; j'aimerais mieux raccommoder le linge de la famille, le soir, au coin du feu; ça n'est pas déjà si fatigant... L'hiver, les jours sont si courts!
Aux paroles de Fleur-de-Marie, la Louve oubliait de plus en plus le présent pour ces rêves d'avenir... aussi vivement intéressée que précédemment la Goualeuse, lorsque Rodolphe lui avait parlé des douceurs rustiques de la ferme de Bouqueval.
La Louve ne cachait pas les goûts sauvages que lui avait inspirés son amant. Se souvenant de l'impression profonde, salutaire, qu'elle avait ressentie aux riantes peintures de Rodolphe, à propos de la vie des champs, Fleur-de-Marie voulait tenter le même moyen d'action sur la Louve, pensant avec raison que, si sa compagne se laissait assez émouvoir au tableau d'une existence rude, pauvre et solitaire, pour désirer ardemment une vie pareille... cette femme mériterait intérêt et pitié.
Enchantée de voir sa compagne l'écouter avec curiosité, la Goualeuse reprit en souriant: