—Et puis, voyez-vous... madame Martial... laissez-moi vous appeler ainsi... qu'est-ce que cela vous fait?

—Tiens, au contraire, ça me flatte... Puis la Louve haussa les épaules en souriant aussi et reprit: Quelle bêtise de jouer à la madame! Sommes-nous enfants!... C'est égal... allez toujours... c'est amusant... Vous dites donc?...

—Je dis, madame Martial, qu'en parlant de votre vie, l'hiver au fond des bois, nous ne songeons qu'à la pire des saisons.

—Ma foi, non, ça n'est pas la pire... Entendre le vent siffler la nuit dans la forêt et de temps en temps hurler les loups, bien loin... bien loin... je ne trouverais pas ça ennuyeux, moi, pourvu que je sois au coin du feu avec mon homme et mes mioches, ou même toute seule sans mon homme, s'il était à faire sa ronde; oh! un fusil ne me fait pas peur, à moi... Si j'avais mes enfants à défendre... je serais bonne, là... allez... La Louve garderait bien ses louveteaux!

—Oh! je vous crois... vous êtes très-brave, vous... mais moi, poltronne, je préfère le printemps à l'hiver... Oh! le printemps! madame Martial, le printemps! quand verdissent les feuilles, quand fleurissent les jolies fleurs des bois, qui sentent si bon, si bon, que l'air est embaumé... C'est alors que vos enfants se rouleraient gaiement dans l'herbe nouvelle; et puis la forêt serait si touffue qu'on apercevrait à peine votre maison au milieu du feuillage. Il me semble que je la vois d'ici. Il y a devant la porte un berceau de vigne que votre mari a plantée et qui ombrage le banc de gazon où il dort durant la grande chaleur du jour, pendant que vous allez et venez en recommandant aux enfants de ne pas réveiller leur père... Je ne sais pas si vous avez remarqué cela: mais dans le fort de l'été, sur le midi, il se fait dans les bois autant de silence que pendant la nuit... on n'entend ni les feuilles remuer, ni les oiseaux chanter...

—Ça, c'est vrai, répéta machinalement la Louve qui, oubliant de plus en plus la réalité, croyait presque voir se dérouler à ses yeux les riants tableaux que lui présentait l'imagination poétique de Fleur-de-Marie, si instinctivement amoureuse des beautés de la nature.

Ravie de la profonde attention que lui prêtait sa compagne, la Goualeuse reprit en se laissant elle-même entraîner au charme des pensées qu'elle évoquait:

—Il y a une chose que j'aime presque autant que le silence des bois, c'est le bruit des grosses gouttes de pluie d'été tombant sur les feuilles; aimez-vous cela aussi?

—Oh! oui... j'aime bien aussi la pluie d'été.

—N'est-ce pas? Lorsque les arbres, la mousse, l'herbe, tout est bien trempé, quelle bonne odeur fraîche! Et puis, comme le soleil, en passant à travers les arbres, fait briller toutes ces gouttelettes d'eau qui pendent aux feuilles après l'ondée! Avez-vous aussi remarqué cela?