—Mon frère, encore quelques moments, je t'en prie.
—Non, non, tes enfants t'attendent. Ah çà! tu ne leur dis pas, j'espère, que leur nononcle est pensionnaire ici?
—Ils te croient aux îles, comme autrefois ma mère. De cette manière, je peux leur parler de toi.
—À la bonne heure. Ah çà! va-t'en vite, vite.
—Oui, mais écoute, mon pauvre frère; je n'ai pas grand-chose, pourtant je ne te laisserai pas ainsi. Tu dois avoir si froid, pas de bas, et ce mauvais gilet! Nous t'arrangerons quelques hardes avec Catherine. Dame! Fortuné, tu penses, ce n'est pas l'envie de bien faire pour toi qui nous manque.
—De quoi? De quoi? Des hardes? mais j'en ai plein mes malles. Dès qu'elles vont arriver, j'aurai de quoi m'habiller comme un prince. Allons, ris donc un peu! Non? Eh bien! sérieusement, ma fille, ça n'est pas de refus... en attendant que Gringalet et Coupe-en-Deux aient rempli ma tirelire. Alors je te rendrai ça. Adieu, ma bonne Jeanne, la première fois que tu viendras, que je perde mon nom de Pique-Vinaigre si je ne te fais pas rire. Allons, va-t'en, je t'ai déjà trop retenue.
—Mais, mon frère, écoute donc!
—Mon brave, eh! mon brave, cria Pique-Vinaigre au gardien qui était assis à l'autre bout du couloir, j'ai fini ma conversation, je voudrais rentrer, assez causé.
—Ah! Fortuné... ce n'est pas bien... de me renvoyer ainsi, dit Jeanne.
—C'est au contraire très-bien. Allons, adieu, bon courage, et demain matin dis aux enfants que tu as rêvé de leur oncle qui est aux îles et qu'il t'a priée de les embrasser. Adieu.