Cette partialité de la loi est barbare et profondément immorale.
Frappez impitoyablement le pauvre s'il attente au bien d'autrui, mais frappez impitoyablement aussi l'officier public qui attente au bien de ses clients.
Qu'on n'entende donc plus des avocats excuser, défendre et faire absoudre (car c'est absoudre que de condamner à si peu) des gens coupables de spoliations infâmes, par des raisons analogues à celles-ci:
«Mon client ne nie pas avoir dissipé les sommes dont il s'agit; il sait dans quelle détresse affreuse son abus de confiance a plongé une honorable famille; mais que voulez-vous! mon client a l'esprit aventureux, il aime à courir les chances des entreprises audacieuses, et, une fois qu'il est lancé dans les spéculations, une fois que la fièvre de l'agiotage le saisit, il ne fait plus aucune différence entre ce qui est à lui et ce qui est aux autres.»
Ce qui, on le voit, est parfaitement consolant pour ceux qui sont dépouillés, et singulièrement rassurant pour ceux qui sont en position de l'être.
Il nous semble pourtant qu'un avocat serait assez mal venu en cour d'assises s'il présentait environ cette défense:
«Mon client ne nie pas avoir crocheté un secrétaire pour y voler la somme dont il s'agit; mais que voulez-vous! il aime la bonne chère, il adore les femmes, il chérit le bien-être et le luxe; or, une fois qu'il est dévoré de cette soif de plaisirs, il ne fait plus aucune différence entre ce qui est à lui et ce qui est aux autres.»
Et nous maintenons la comparaison exacte entre le voleur et le spoliateur. Celui-ci n'agiote que dans l'espoir du gain, et il ne désire ce gain que pour augmenter sa fortune ou ses jouissances.
Résumons notre pensée...
Nous voudrions que, grâce à une réforme législative, l'abus de confiance, commis par un officier public, fût qualifié vol, et assimilé, pour le minimum de la peine, au vol domestique: et, pour le maximum, au vol avec effraction et récidive.