—Et qui me la donnerait?

—Les protecteurs de la jeune fille que j'ai sauvée.

—Ils ne me connaissent pas!

—Mais, moi, je lui ai parlé de toi... et elle nous recommandera à ses protecteurs...

—Et à propos de quoi lui as-tu parlé de moi?

—De quoi veux-tu que je parle?

—Bonne Louve...

—Et puis, tu conçois, en prison la confiance vient; et cette jeunesse était si gentille, si douce, que malgré moi je me suis sentie attirée vers elle; j'ai tout de suite comme deviné qu'elle n'était pas des nôtres.

—Qui est-elle donc?

—Je n'en sais rien, je n'y comprends rien, mais de ma vie je n'ai rien vu, rien entendu de semblable; c'est comme une fée pour lire ce qu'on a dans le cœur; quand je lui ai eu dit combien je t'aimais, rien que pour cela, elle s'est intéressée à nous... Elle m'a fait honte de ma vie passée, non en me disant des choses dures, tu sais comme ça aurait pris avec moi, mais en me parlant d'une vie bien laborieuse, bien pénible, mais tranquillement passée avec toi selon ton goût, au fond des forêts. Seulement, dans son idée, au lieu d'être braconnier... tu étais garde-chasse; au lieu d'être ta maîtresse... j'étais ta vraie femme, et puis nous avions de beaux enfants qui couraient au-devant de toi quand le soir tu revenais de tes rondes avec tes chiens, ton fusil sur l'épaule; et puis nous soupions à la porte de notre cabane, au frais de la nuit, sous des grands arbres, et puis nous nous couchions si heureux, si paisibles... Qu'est-ce que tu veux que je te dise?... Malgré moi je l'écoutais... c'était comme un charme. Si tu savais... elle parlait si bien... si bien... que... tout ce qu'elle disait, je croyais le voir à mesure; je rêvais tout éveillée.