—Ah! oui! c'est ça qui serait une belle et bonne vie! dit Martial en soupirant à son tour. Sans être tout à fait malsain de cœur, ce pauvre François a assez fréquenté Calebasse et Nicolas pour que le bon air des bois lui vaille mieux que l'air des villes... Amandine t'aiderait au ménage; je serais aussi bon garde que pas un, vu que j'ai été fameux braconnier... Je t'aurais pour ménagère, ma brave Louve... et puis, comme tu dis, avec des enfants... qu'est-ce qui nous manquerait?... Une fois qu'on est habitué à sa forêt, on y est comme chez soi; on y vivrait cent ans, que ça passerait comme un jour... Mais, voyons, je suis fou. Tiens, il ne fallait pas me parler de cette vie-là... ça donne des regrets, voilà tout.

—Je te laissais aller... parce que tu dis là ce que je disais à la Goualeuse.

—Comment?

—Oui, en écoutant ses contes de fées, je lui disais: «Quel malheur que ces châteaux en Espagne, comme vous appelez ça, la Goualeuse, ne soient pas la vérité!» Sais-tu ce qu'elle m'a répondu, Martial? dit la Louve les yeux étincelants de joie.

—Non!

—Que Martial vous épouse, promettez de vivre honnêtement tous deux, et cette place, qui vous fait tant d'envie, je me fais fort de la lui faire obtenir, m'a-t-elle répondu.

—À moi, une place de garde?

—Oui... à toi...

—Mais tu as raison, c'est un rêve. S'il ne fallait que t'épouser pour avoir cette place, ma brave Louve, ça serait fait demain, si j'avais de quoi; car depuis aujourd'hui, vois-tu... tu es ma femme... ma vraie femme.

—Martial... je suis ta vraie femme?