—Ah çà! lui dit tout bas le Gros-Boiteux en ayant l'air de l'aider à se rajuster, pas un mot de ce qu'on veut faire au mangeur.

—Sois tranquille; peut-être que si j'avais été là je l'aurais défendu; car, tuer un homme pour ça... c'est dur; mais vous dénoncer, jamais!

—Allons, venez-vous? dit le gardien.

—Nous voilà débarrassés de l'huissier et de Frank... maintenant, chaud, chaud pour le mangeur! dit Nicolas.

Au moment où Frank sortait du préau, Germain et Pique-Vinaigre y entraient.

En entrant dans le préau, Germain n'était plus reconnaissable; sa physionomie, jusqu'alors triste, abattue, était radieuse et fière; il portait le front haut et jetait autour de lui un regard joyeux et assuré... Il était aimé... l'horreur de la prison disparaissait à ses yeux.

Pique-Vinaigre le suivait d'un air fort embarrassé: enfin, après avoir hésité deux ou trois fois à l'aborder, il fit un grand effort sur lui-même et toucha légèrement le bras de Germain avant que celui-ci se fût rapproché des groupes de détenus qui de loin l'examinaient avec une haine sournoise. Leur victime ne pouvait leur échapper.

Malgré lui, Germain tressaillit au contact de Pique-Vinaigre; car la figure et les haillons de l'ancien joueur de gobelets prévenaient peu en faveur de ce malheureux. Mais, se rappelant les recommandations de Rigolette, et se trouvant d'ailleurs trop heureux pour n'être pas bienveillant, Germain s'arrêta et dit doucement à Pique-Vinaigre:

—Que voulez-vous?

—Vous remercier.