«—Oh! pour lors, que je réponds au gardien, je ne suis qu'une oie. Vous avez raison, M. Germain a été bon pour moi, car sa visiteuse, c'est comme qui dirait lui, et ma sœur Jeanne, c'est comme qui dirait moi, et bien plus que moi...»

—Pauvre Rigolette! reprit Germain, cela ne m'étonne pas... elle a un cœur si généreux, si compatissant!

—Le gardien a repris: «J'ai entendu tout cela sans faire semblant de rien. Vous voilà prévenu maintenant. Si vous ne tâchiez pas de rendre service à M. Germain, si vous ne l'avertissiez pas dans le cas où vous sauriez quelque complot contre lui, vous seriez un gueux fini... Pique-Vinaigre.—Gardien, je suis un gueux commencé, c'est vrai, mais pas encore un gueux fini... Enfin, puisque la visiteuse de M. Germain a voulu du bien à ma pauvre Jeanne... qui est une brave et honnête femme, celle-là, je m'en vante... je ferai pour M. Germain ce que je pourrai... Malheureusement, ce ne sera pas grand-chose...—C'est égal, faites toujours. Je vais aussi vous donner une bonne nouvelle à apprendre à M. Germain; je viens de la savoir à l'instant.»

—Quoi donc? demanda Germain.

—Il y aura demain une cellule vacante à la pistole; le gardien m'a dit de vous en prévenir.

—Il serait vrai! Oh! quel bonheur! s'écria Germain. Ce brave homme avait raison; c'est une bonne nouvelle que vous m'apprenez là.

—Sans me flatter, je le crois bien, car votre place n'est pas d'être avec des gens comme nous, monsieur Germain.

Puis s'interrompant, Pique-Vinaigre se hâta d'ajouter tout bas et rapidement en se baissant comme s'il eût ramassé quelque chose:

—Tenez, monsieur Germain, voilà les détenus qui nous regardent: ils sont étonnés de nous voir causer ensemble. Je vous laisse, défiez-vous. Si on vous cherche dispute, ne répondez pas. Ils veulent un prétexte pour engager une querelle et vous battre. Barbillon doit engager la dispute; prenez garde à lui. Je tâcherai de les détourner de leur idée...

Et Pique-Vinaigre se releva comme s'il eût trouvé ce qu'il semblait chercher depuis un moment.