—Deux calottes, c'était bien maigre, dit le bonnet bleu; à la place du doyen, je lui aurais trempé une drôle de soupe grasse.

—Et il ne l'aurait pas volée, ajouta un détenu.

«—Le doyen, reprit Pique-Vinaigre, en aurait mangé dix comme Coupe-en-Deux. Le montreur de bêtes fut donc obligé de mettre les calottes dans son sac; mais il n'en était pas moins furieux d'être battu, et surtout d'être battu devant Gringalet. Aussi, à ce moment même, il se promit de s'en venger, et il lui vint une idée qui ne pouvait venir qu'à un démon de méchanceté comme lui. Pendant qu'il remuait cette idée diabolique en se frottant les oreilles, le doyen lui dit:

«—Rappelle-toi que si tu t'avises de faire encore souffrir cet enfant je te forcerai à filer de la Petite-Pologne, toi et tes bêtes, sans quoi j'ameuterai tout le monde contre toi; tu sais qu'on te déteste déjà: aussi on te fera une conduite dont ton dos se souviendra, je t'en réponds.

«En traître qu'il était et pour pouvoir exécuter son idée scélérate, au lieu de se fâcher contre le doyen, Coupe-en-Deux fait le bon chien et dit d'un air câlin:

«—Foi d'homme, doyen, vous avez tort de m'avoir battu, et de croire que je veux du mal à Gringalet; au contraire, je vous répète que j'apprenais un nouveau tour à mon singe; il n'est pas commode quand il se rebiffe, et, dans la bagarre, le petit a été mordu, j'en suis fâché.

«—Hum!... fit le doyen en le regardant de travers, est-ce bien vrai, ce que tu me dis là? D'ailleurs, si tu veux apprendre un tour à ton singe, pourquoi l'attaches-tu à Gringalet!

«—Parce que Gringalet doit être aussi du tour. Voilà ce que je veux faire: j'habillerai Gargousse avec un habit rouge et un chapeau à plumes comme un marchand de vulnéraire suisse; j'assoirai Gringalet dans une petite chaise d'enfant; puis je lui mettrai une serviette au cou, et le singe, avec un grand rasoir de bois, aura l'air de lui faire la barbe.»

«Le doyen ne put s'empêcher de rire à cette idée.

«—N'est-ce pas que c'est farce? reprit Coupe-en-Deux d'un air sournois.