«—Le fait est que c'est farce, dit le doyen, d'autant plus qu'on dit ton gueux de singe assez adroit et assez malin pour jouer une parade pareille.
«—Je le crois bien; quand il m'aura vu cinq ou six fois faire semblant de raser Gringalet, il m'imitera avec son grand rasoir de bois; mais pour ça il faut qu'il s'habitue à l'enfant; aussi je les avais attachés ensemble.
«—Mais pourquoi as-tu choisi Gringalet plutôt qu'un autre?
«—Parce qu'il est le plus petit de tous, et qu'étant assis, Gargousse sera plus grand que lui; d'ailleurs, je voulais donner la moitié de la recette à Gringalet.
«—Si c'est comme cela, dit le doyen rassuré par l'hypocrisie du montreur de bêtes, je regrette la tournée que je t'ai donnée; alors mets que c'est une avance...»
«Pendant le temps que son maître parlait avec le doyen, Gringalet, lui, n'osait pas souffler; il tremblait comme la feuille, et mourait d'envie de se jeter aux pieds du doyen pour le supplier de l'emmener de chez le montreur de bêtes; mais le courage lui manquait, et il recommençait à se désespérer tout bas en disant: «Je serai comme la pauvre mouche de mon rêve, l'araignée me dévorera, j'avais tort de croire que le moucheron d'or me sauverait.»
«—Allons, mon garçon, puisque le père Coupe-en-Deux te donne la moitié de la recette, ça doit t'encourager à t'habituer au singe... Bah! bah! tu t'y feras, et si la recette est bonne, tu n'auras pas à te plaindre.
«—Lui! se plaindre! Est-ce que tu as à te plaindre? lui demanda son maître en le regardant à la dérobée d'un air si terrible que l'enfant aurait voulu être à cent pieds sous terre.
«—Non... non... mon maître, répondit-il en balbutiant.
«—Vous voyez bien, doyen, dit Coupe-en-Deux, il n'a jamais eu à se plaindre; je ne veux que son bien, après tout. Si Gargousse l'a égratigné une première fois, cela n'arrivera plus, je vous le promets, j'y veillerai.