«—À la bonne heure! Ainsi, tout le monde sera content.
«—Gringalet tout le premier, dit Coupe-en-Deux, n'est-ce pas que tu seras content?
«—Oui... oui... mon maître, dit l'enfant tout en pleurant.
«—Et pour te consoler de tes égratignures je te donnerai ta part d'un bon déjeuner, car le doyen va m'envoyer un plat de côtelettes aux cornichons, quatre bouteilles de vin et un demi-setier d'eau-de-vie.
«—À ton service, Coupe-en-Deux, ma cave et ma cuisine luisent pour tout le monde.»
«Au fond le doyen était brave homme, mais il n'était pas malin et il aimait à vendre son vin et son fricot aussi. Le gueux de Coupe-en-Deux le savait bien, vous voyez qu'il le renvoyait content de lui vendre à boire et à manger, et rassuré sur le sort de Gringalet.
«Voilà donc ce pauvre petit retombé au pouvoir de son maître. Dès que le doyen a les talons tournés, Coupe-en-Deux montre l'escalier à son pâtiras et lui ordonne de remonter vite dans son grenier; l'enfant ne se le fait pas dire deux fois, il s'en va tout effrayé.
«—Mon bon Dieu, je suis perdu», s'écrie-t-il en se jetant sur la paille à côté de sa tortue, et en pleurant à chaudes larmes. Il était là depuis une bonne heure à sangloter, lorsqu'il entend la grosse voix de Coupe-en-Deux qui l'appelait... Ce qui augmentait encore la peur de Gringalet, c'est qu'il lui semblait que la voix de son maître n'était pas comme à l'ordinaire.
«—Descendras-tu bientôt?» reprend le montreur de bêtes avec un tonnerre de jurements.
«L'enfant se dépêche vite de descendre par l'échelle; à peine a-t-il mis le pied par terre, que son maître le prend et l'emporte dans sa chambre, en trébuchant à chaque pas, car Coupe-en-Deux avait tant bu, tant bu, qu'il était soûl comme une grive et qu'il se tenait à peine sur ses jambes: son corps se penchait tantôt en avant et tantôt en arrière, et il regardait Gringalet en roulant des yeux d'un air féroce, mais sans parler; il avait, comme on dit, la bouche trop épaisse: jamais l'enfant n'en avait eu plus peur.