Le défenseur de Germain répondit à l'attaque du Gros-Boiteux par une espèce de ruade si violente qu'il l'envoya rouler à l'extrémité du cercle formé par les détenus.
Germain, d'une pâleur livide et violacée, à demi suffoqué, à genoux auprès du banc, ne paraissait pas avoir la conscience de ce qui se passait autour de lui. La strangulation avait été si violente et si douloureuse qu'il respirait à peine.
Après son premier étourdissement, le Squelette, par un effort désespéré, parvint à se débarrasser du Chourineur et à se remettre sur ses pieds.
Haletant, ivre de rage et de haine, il était épouvantable...
Sa face cadavéreuse ruisselait de sang; sa lèvre supérieure, retroussée comme celle d'un loup furieux, laissait voir ses dents serrées les unes contre les autres.
Enfin il s'écria d'une voix palpitante de colère et de fatigue, car sa lutte contre le Chourineur avait été violente:
—Escarpez-le donc... ce brigand-là! tas de frileux!... qui me laissez prendre en traître... sinon le mangeur va vous échapper!
Durant cette espèce de trêve, le Chourineur, enlevant Germain à demi évanoui, avait assez habilement manœuvré pour se rapprocher peu à peu de l'angle d'un mur, où il déposa son protégé.
Profitant de cette excellente position de défense, le Chourineur pouvait alors, sans crainte d'être pris à dos, tenir assez longtemps encore les détenus, auxquels le courage et la force herculéenne qu'il venait de déployer imposaient beaucoup.
Pique-Vinaigre, épouvanté, disparut pendant le tumulte, sans qu'on s'aperçût de son absence.