Et Murph sortit d'un pas ferme, le visage impassible.

Un moment de silence suivit son départ.

Alors Clémence songea en rougissant qu'elle était chez Rodolphe, seule avec lui. Le prince s'approcha d'elle et lui dit presque timidement:

—Si je choisis ce jour, ce moment, pour vous faire un aveu sincère, c'est que la solennité de ce jour, de ce moment, ajoutera encore à la gravité de cet aveu. Depuis que je vous ai vue, je vous aime. Tant que j'ai dû cacher cet amour, je l'ai caché: maintenant vous êtes libre, vous m'avez rendu ma fille, voulez-vous être sa mère?

—Moi, monseigneur! s'écria Mme d'Harville. Que dites-vous?

—Je vous en supplie, ne me refusez pas; faites que ce jour décide du bonheur de toute ma vie, reprit tendrement Rodolphe.

Clémence aussi aimait le prince depuis longtemps avec passion; elle croyait rêver: l'aveu de Rodolphe, cet aveu à la fois si simple, si grave et si touchant, fait dans une telle circonstance, la transportait d'un bonheur inespéré; elle répondit en hésitant:

—Monseigneur, c'est à moi de vous rappeler la distance de nos conditions, l'intérêt de votre souveraineté.

—Laissez-moi songer avant tout à l'intérêt de mon cœur, à celui de ma fille chérie; rendez-nous bien heureux, oh! bien heureux, elle et moi; faites que moi, qui tout à l'heure étais sans famille, je puisse maintenant dire ma femme, ma fille; faites enfin que cette pauvre enfant qui, elle aussi tout à l'heure était sans famille, puisse dire... mon père, ma mère, ma sœur, car vous avez une fille qui deviendra la mienne.

—Ah! monseigneur, à de si nobles paroles on ne peut répondre que par des larmes de reconnaissance, s'écria Clémence. Puis, se contraignant, elle ajouta: Monseigneur, on vient, c'est votre fille.