—Et elle n'est pas morte!

—Monseigneur, ce regret n'est pas digne de vous!

—C'est que vous ignorez tous les maux qu'elle a causés! En ce moment encore... alors que, retrouvant ma fille... j'allais lui donner une mère digne d'elle... Oh! non... non... cette femme est un démon vengeur attaché à mes pas...

—Allons, monseigneur, du courage, dit Clémence en essuyant ses larmes qui coulaient malgré elle, vous avez un grand, un saint devoir à remplir. Vous l'avez dit vous-même dans un juste et généreux élan d'amour paternel, désormais, le sort de votre fille doit être aussi heureux qu'il a été misérable. Elle doit être aussi élevée qu'elle a été abaissée. Pour cela... il faut légitimer sa naissance... pour cela, il faut épouser la comtesse Mac-Gregor.

—Jamais, jamais. Ce serait récompenser le parjure, l'égoïsme et la féroce ambition de cette mère dénaturée. Je reconnaîtrai ma fille, vous l'adopterez, et, ainsi que je l'espérais, elle trouvera en vous une affection maternelle.

—Non, monseigneur, vous ne ferez pas cela; non, vous ne laisserez pas dans l'ombre la naissance de votre enfant. La comtesse Sarah est de noble et ancienne maison; pour vous, sans doute, cette alliance est disproportionnée, mais elle est honorable. Par ce mariage, votre fille ne sera pas légitimée, mais légitime, et ainsi, quel que soit l'avenir qui l'attende, elle pourra se glorifier de son père et avouer hautement sa mère.

—Mais renoncer à vous, mon Dieu! c'est impossible. Ah! vous ne songez pas ce qu'aurait été pour moi cette vie partagée entre vous et ma fille, mes deux seuls amours de ce monde.

—Il vous reste votre enfant, monseigneur. Dieu vous l'a miraculeusement rendue. Trouver votre bonheur incomplet serait de l'ingratitude!

—Ah! vous ne m'aimez pas comme je vous aime.

—Croyez cela, monseigneur, croyez-le, le sacrifice que vous faites à vos devoirs vous semblera moins pénible.