Nous conduirons le lecteur chez la comtesse Mac-Gregor, qu'une crise salutaire venait d'arracher au délire et aux souffrances qui pendant plusieurs jours avaient donné pour sa vie les craintes les plus sérieuses.

Le jour commençait à baisser... Sarah, assise dans un grand fauteuil et soutenue par son frère Thomas Seyton, se regardait avec une profonde attention dans un miroir que lui présentait une de ses femmes agenouillée devant elle.

Cette scène se passait dans le salon où la Chouette avait commis sa tentative d'assassinat.

La comtesse était d'une pâleur de marbre, que faisait ressortir encore le noir foncé de ses yeux, de ses sourcils et de ses cheveux; un grand peignoir de mousseline blanche l'enveloppait entièrement.

—Donnez-moi le bandeau de corail, dit-elle à une de ses femmes, d'une voix faible, mais impérieuse et brève.

—Betty vous l'attachera, reprit Thomas Seyton, vous allez vous fatiguer... Il est déjà d'une si grande imprudence de...

—Le bandeau! le bandeau! répéta impatiemment Sarah, qui prit ce bijou et le posa à son gré sur son front. Maintenant, attachez-le... et laissez-moi, dit-elle à ses femmes.

Au moment où celles-ci se retiraient, elle ajouta:

—On fera entrer M. Ferrand, le notaire, dans le petit salon bleu... puis, reprit-elle avec une expression d'orgueil mal dissimulé, dès que S. A. R. le grand-duc de Gerolstein arrivera, on l'introduira ici.

«Enfin! dit Sarah en se rejetant au fond de son fauteuil, dès qu'elle fut seule avec son frère, enfin je touche à cette couronne... le rêve de ma vie... la prédiction va donc s'accomplir!