—Sarah, calmez votre exaltation, lui dit sévèrement son frère. Hier encore on désespérait de votre vie; une dernière déception vous porterait un coup mortel.
—Vous avez raison, Tom, la chute serait affreuse, car mes espérances n'ont jamais été plus près de se réaliser. J'en suis certaine, ce qui m'a empêchée de succomber à mes souffrances a été ma pensée constante de profiter de la toute-puissante révélation que m'a faite cette femme au moment de m'assassiner.
—De même pendant votre délire... vous reveniez sans cesse à cette idée.
—Parce que cette idée seule soutenait ma vie chancelante. Quel espoir!... princesse souveraine... presque reine!... ajouta-t-elle avec enivrement.
—Encore une fois, Sarah, pas de rêves insensés; le réveil serait terrible.
—Des rêves insensés?... Comment! lorsque Rodolphe saura que cette jeune fille aujourd'hui prisonnière à Saint-Lazare[2], et autrefois confiée au notaire qui l'a fait passer pour morte, est notre enfant, vous croyez que...
Seyton interrompit sa sœur:
—Je crois, reprit-il avec amertume, que les princes mettent les raisons d'État, les convenances politiques avant les devoirs naturels.
—Comptez-vous si peu sur mon adresse?
—Le prince n'est plus l'adolescent candide et passionné que vous avez autrefois séduit; ce temps est bien loin de lui... et de vous, ma sœur.