—S'il vous fait cette promesse, oui.

—Et pour qu'il la fasse, rien n'est à négliger dans cette circonstance décisive. Je connais Rodolphe, il me hait, quoique je ne devine pas le motif de sa haine, car jamais je n'ai manqué devant lui au rôle que je m'étais imposé.

—Peut-être, car il n'est pas homme à haïr sans raison.

—Il n'importe; une fois certain d'avoir retrouvé sa fille, il surmontera son aversion pour moi, et ne reculera devant aucun sacrifice pour assurer à son enfant le sort le plus enviable, pour la rendre aussi magnifiquement heureuse qu'elle aura été jusqu'alors infortunée.

—Qu'il assure le sort le plus brillant à votre fille, soit; mais entre cette réparation et la résolution de vous épouser afin de légitimer la naissance de cette enfant, il y a un abîme.

—Son amour de père comblera cet abîme.

—Mais cette infortunée a sans doute vécu jusqu'ici dans un état précaire ou misérable?

—Rodolphe voudra d'autant plus l'élever qu'elle aura été plus abaissée.

—Songez-y donc, la faire asseoir au rang des familles souveraines de l'Europe! la reconnaître pour sa fille aux yeux de ces princes, de ces rois dont il est le parent ou l'allié!

—Ne connaissez-vous pas son caractère étrange, impétueux et résolu, son exagération chevaleresque à propos de tout ce qu'il regarde comme juste et commandé par le devoir?