Et le docteur jeta sur la table la poignée d'or.

—Louise est sauvée! s'écria le lapidaire en ramassant l'or avec rapidité. Je cours chez le notaire.

Et se levant précipitamment il courut vers la porte.

—Venez! cria le docteur avec une vive angoisse, car la guérison instantanée du lapidaire pouvait dépendre de cette première impression.

À peine eut-il dit: «Venez!» que Louise parut à la porte, au moment même où son père s'y présentait.

Morel, stupéfait, recula deux pas en arrière et laissa tomber l'or qu'il tenait.

Pendant quelques minutes il contempla Louise dans un ébahissement profond, ne la reconnaissant pas encore. Il semblait pourtant tâcher de rappeler ses souvenirs; puis, se rapprochant d'elle peu à peu, il la regarda avec une curiosité inquiète et craintive.

Louise, tremblante d'émotion, contenait difficilement ses larmes, pendant que le docteur, lui recommandant par un geste de rester muette, épiait, attentif et silencieux, les moindres mouvements de la physionomie du lapidaire. Celui-ci, toujours penché vers sa fille, commença de pâlir: il passa ses deux mains sur son front inondé de sueur; puis, faisant un nouveau pas vers elle, il voulut lui parler; mais sa voix expira sur ses lèvres, sa pâleur augmenta, et il regarda autour de lui avec surprise, comme s'il sortait peu à peu d'un songe.

—Bien... bien..., dit tout bas le docteur à Louise, c'est bon signe... quand je dirai: «Venez», jetez-vous dans ses bras en l'appelant votre père.

Le lapidaire porta les mains sur sa poitrine en se regardant, si cela se peut dire, des pieds à la tête, comme pour se bien convaincre de son identité. Ses traits exprimaient une incertitude douloureuse; au lieu d'attacher ses yeux sur sa fille, il semblait vouloir se dérober à sa vue. Alors, il se dit à voix basse, d'une voix entrecoupée: